mercredi 5 août 2020

La Fédération, intervient sur le Bassin d’Arcachon pour les poissons

Le pourtour du Bassin d’Arcachon constitue un écosystème très riche pour les espèces piscicoles, comme l’anguille, le mulet, le bar ou le flet pour leur croissance, leur reproduction mais surtout pour leur survie. Mais paradoxalement les migrations saisonnières de ces espèces et leur colonisation des domaines endigués du bassin ont été peu étudiées jusqu’à présent. Un partenariat a donc été mis en place entre le Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon, les gestionnaires des sites et la Fédération pour la Pêche et la Protection des milieux aquatiques de la Gironde, pour la mise en place d’un suivi piscicole. L’objectif principal est de mieux connaître les espèces rentrant et vivant dans ces marais endigués. Les données acquises permettront d‘aiguiller les gestionnaires pour améliorer la connectivité de leurs sites. Retour sur le projet et quelques premiers résultats !

Des domaines endigués, qu’est-ce que c’est et où sont-ils ?

Les marais endigués du Bassin d’Arcachon ont été aménagés par l’Homme au XVIIIème siècle. La plupart ont été utilisés dans un premier temps comme marais salants. Les rendements en sel n’étant pas bons, ils sont rapidement reconvertis pour l’élevage piscicole extensif (mulets, bars, daurades, anguilles. D’autres ont eu pour première et seule vocation l’élevage extensif. Cette utilisation leur vaut localement l’appellation de réservoirs à poissons (Labourg, 1976). Ces réservoirs sont reliés au Bassin par des écluses. Pendant la période d’élevage piscicole, ces ouvrages permettaient de renouveler l’eau des domaines endigués en faisant « boire et déboire ». L’utilisation de grilles permettait l’entrée sélective des juvéniles (alevinage) et la pêcherie des individus adultes en sortie de réservoirs (Labourg, 1976).

Aujourd’hui ces réservoirs sont protégés car ils constituent des milieux humides remarquables. Ils ont aujourd’hui une vocation écologique, principalement en lien avec l’avifaune. Les écluses sont maintenant utilisées pour la gestion des niveaux d’eau et son renouvellement, ce qui permet également d’améliorer la colonisation de l’ensemble des espèces animales et végétales.

Neuf sites sont concernés :

  • les réservoirs de Piraillan
  • Saint-Brice
  • les Quinconces
  • le domaine de Certes
  • le domaine de Graveyron
  • les réservoirs de la Réserve Naturelle Nationale (RNN) des Prés Salés
  • l’île de Malprat
  • Boucolle
  • la réserve ornithologique du Teich

Contexte de mise en place de l’étude

Le Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon a initié depuis plusieurs années un travail autour de territoires à enjeux que sont les marais littoraux en collaboration avec les gestionnaires locaux. Ce travail s’est articulé au travers d’actions de connaissances dans l’optique d’améliorer la gestion hydraulique des domaines en faveur de la biodiversité dans son ensemble (avifaune, ichtyofaune, amphibiens /reptiles) et à la gestion qualitative des milieux.

La RNN des prés salés d’Arès et de Lège – Cap Ferret a été précurseur sur le Bassin d’Arcachon. Elle a entamé depuis 2012 des suivis biologiques (poissons, cistudes, benthos) et hydrologique avec l’appui technique de l’Office Français pour la Biodiversité. Des travaux ont conduit à l’amélioration de la continuité écologique et à l’optimisation possible des entrées d’eau et de poissons.

Toutefois des questions demeurent pour continuer d’optimiser la gestion hydraulique par les opérateurs de la RNN : Comment limiter l’ouverture des écluses (pour ne pas trop saliniser les réservoirs) tout en garantissant de bonnes conditions de vie des poissons en période estivale (manque d’oxygène, hausse des température) et une colonisation suffisante des bassins.

Afin de poursuivre le travail engagé par la RNN et apporter son expertise, la Fédération a participé au suivi piscicole en 2018 et 2019 sur la réserve. En 2019, le Parc naturel marin du Bassin d’Arcachon a souhaité répondre à cette problématique à plus large échelle en intégrant l’ensemble des domaines endigués du bassin.

Ainsi en 2020, afin de mener à bien et de pérenniser cette action, un partenariat entre les gestionnaires des sites, le Parc naturel marin et la Fédération a émergé pour réaliser des inventaires piscicoles sur ces 9 domaines endigués. Un premier suivi a donc été réalisé cette année.

Comment procéder et dans quel but ?

Afin d’obtenir une vision globale du peuplement piscicole des marais endigués, deux types de suivi sont mis en œuvre :

  • Inventaire à la chaussette mis en place au niveau des écluses durant les périodes de fortes marées afin de connaitre la colonisation des réservoirs par les poissons et autres espèces aquatiques (crustacés…). Ainsi, cela permettra de comprendre la dynamique de colonisation du site et de définir les périodes clés des ouvertures des écluses dans un objectif d’optimisation de la fonctionnalité des réservoirs.
Chaussette installée sur une écluse
  • Inventaire au verveux dans les réservoirs pour connaitre le peuplement piscicole présent. Il a pour objectif d’évaluer d’une part le stock en place mais aussi à termes les effets d’une éventuelle nouvelle gestion hydraulique sur les populations peuplant ces marais endigués. Si ce suivi était pérennisé sur plusieurs années, il permettrait de suivre l’évolution spatio-temporelle du cortège d’espèces présentes, de manière qualitative et quantitative.

Ces suivis sont répartis sur l’année en respectant un suivi par saison (sauf saison estivale) et par site pour chacun des deux types d’inventaires.

Verveux à paradière installée dans un bassin

L’objectif à long terme est d’optimiser l’accueil et la circulation de la faune piscicole dans les réservoirs à poissons, et la fonctionnalité des sites pour tous les cortèges d’espèces animales et végétales représentés.

Quelques premiers résultats

Les données présentées ci-après sont issues des premières campagnes réalisées ponctuellement sur 7 sites sur les 9 entre janvier et mi-mars 2020. Le jeu de données est donc actuellement pauvre et ces résultats sont bien évidemment à prendre avec précaution. Nous avons donc fait le choix de vous présenter ces résultats bruts sans analyse en attendant que les prochaines campagnes d’inventaire enrichissent notre interprétation.

Colonisation des réservoirs

Les inventaires effectués à la chaussette sur les écluses ont permis de mettre en évidence une répartition inégale des espèces (cf. figure 1). En effet, le peuplement est largement dominé par les crustacés (crevette des marais et crabe vert) qui constitue environ 80% du peuplement. Six espèces piscicoles ont été capturés avec une forte dominance des bars, des mulets et des anguilles qui représentent quasiment 20 % de la biomasse capturée et 95 % des espèces piscicoles. Les autres espèces capturées sont l’athérine, la blennie paon et le gobie commun mais en faible proportions.

Figure 1 : Nombre et part en % de chaque espèce observée aux écluses d’entrée de 5 domaines endigués inventoriés

Afin d’harmoniser et de comparer les résultats des captures entre les sites, les unités de mesure ont été converties sur la figure 2 en Capture Par Unité d’Effort (CPUE) (c’est-à-dire en poids (grammes) par temps de pêche (heures)). Des différences sont observées entre les stations inventoriées jusqu’à présent, avec une proportion de poissons et crustacés trois fois plus importante sur le site de Quinconce (167 g/h) que sur le site de Boucolle (65 g/h). Les autres sites varient entre 100 et 130 g/h.

Figure 2 : Poids total d’espèces observées par heure de pêche aux écluses d’entrée de 5 domaines endigués inventoriés

Espèces présentes dans les bassins

La mise en place des pêches au verveux dans les domaines montre également la dominance des crustacés (crevette des marais et crabe vert) à l’échelle du peuplement qui représente 93 % de la biomasse capturée (cf. figure 3). Concernant les espèces piscicoles, les mulets et les athérines prédominent (plus de 100 g d’individus capturés pour chacune des espèces) mais la proportion de gobie commun et d’anguille est également importante avec respectivement 67 et 45 g de poisson. Quelques bars et épinoches font également partie du cortège. A noter la présence d’espèce d’eau douce (rotengle et perche soleil) capturées de façon anecdotique.

Figure 3 : Nombre et part en % de chaque espèce observée dans les bassins de 5 domaines endigués inventoriés

Comme pour les inventaires à la chaussette, les sites ont été comparés à l’aide des CPUE en g/h. De fortes différences sont constatées entre les sites avec des valeurs qui varient entre 6,4 g/h (Piraillan) et 137,2 g/h (réserve ornithologique).

Figure 4 : Poids total d’espèces observées par heure de pêche dans les bassins de 5 domaines endigués inventoriés

L’acquisition des données à venir au cours de l’année 2020 permettront de compléter ces premières informations. Nous vous tiendrons informés de l’avancée !

Ce suivi est réalisé grâce au soutien financier de :

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