lundi 29 novembre 2021

Des nouvelles fraîches du brochet aquitain !

Depuis 2015, la Fédération de pêche de la Gironde participe au travail mené par le Muséum National d’Histoire Naturelle sur le brochet aquitain. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Rappel : qui est ce brochet aquitain ?

Grâce à l’arrivée récente des outils génétiques, la diversité biologique des poissons d’eau douce de France est actuellement revue. Ainsi depuis 2005, plusieurs espèces de poissons (goujon, vairon, vandoise, épinochette) endémiques à la région ont été décrites ou revalidés soulignant ainsi la spécificité et la valeur patrimoniale des poissons d’eau douce de Nouvelle-Aquitaine. Le brochet est également concerné puisqu’en 2014, le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) a mis en évidence le brochet aquitain endémique du Sud-Ouest de la France (bassins de la Charente, de la Garonne, de la Leyre et de l’Adour) (Denys et al, 2014). Le brochet commun, originaire naturellement du Nord de la France et de l’Europe, a quant à lui été introduit dans le Sud-Ouest de la France par l’Homme, notamment via des opérations de repeuplement. D’autre part des hybrides, issus de la reproduction du brochet commun avec le brochet aquitain, sont également observés.

Brochet aquitain (Esox aquitanicus)
Brochet aquitain (Esox aquitanicus)
Brochet commun (Esox lucius)
Brochet commun (Esox lucius)

Cependant il reste difficile d’identifier l’espèce à partir de ces seuls critères morphologiques notamment en présence de petits individus ou dans le cas d’hybridation !

Les actions menées depuis 2015 à l’échelle de l’aire de répartition naturelle du brochet aquitain (bassins de la Charente à l’Adour)

De 2015 à 2017 : cartographie de sa répartition (projet ATLASESOX)

Grâce au soutien technique ou financier de l’ONEMA, de la Fédération Nationale pour la Pêche en France et de nombreuses Fédérations départementales du Sud-Ouest, le MNHN a cherché à améliorer la connaissance de la répartition du brochet aquitain.

>> Objectifs

  • Mieux connaître la répartition du brochet aquitain.
  • Identifier les populations non impactées par la présence de brochet commun.
  • Permettre de proposer des mesures de gestion et de conservation adaptées (secteurs à protéger…).

>>  Moyens

Pour cela des identifications génétiques (et morphologiques) de populations de brochets ont été réalisées par le MNHN à partir d’échantillonnages réalisés sur les poissons (prélèvements de bouts de nageoires et photos) principalement par 8 Fédérations de pêche dont : la Gironde, les Landes, la Charente-Maritime, la Charente, les Pyrénées Atlantiques, le Gers et le Tarn. Ce sont près de 470 prélèvements réalisés sur 115 stations au total.

>> Résultats

Ce premier travail a permis d’obtenir une première cartographie de sa présence à l’échelle des bassins de la Charente à l’Adour présenté dans notre article de 2018 et sur la figure ci-dessous.

Résultats des identifications réalisées sur 445 brochets pour 112 stations, mettant en évidence les brochets aquitains Esox aquitanicus (rouge), les brochets communs Esox lucius (bleu) et leurs hybrides (verts) – copyright G. Denys, MNHN – 2017. Cliquez sur l'image pour l'agrandir

→ Suite aux résultats de cette étude, le brochet aquitain figure aujourd’hui sur la liste rouge des poissons d’eau douce menacés et a été classé en catégorie « Vulnérable » par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en raison de sa faible répartition (< 20000 km²) et des pressions subies.

2019-2023 : le projet BIOESOX

Afin de poursuivre et d’affiner le travail engagé entre 2015 et 2017, le MNHN via l’Unité Mixte de Service Patrinat et l’Université de Lorraine ont lancé le projet BIOESOX avec la participation technique ou financière de l’Union des Fédérations du Bassin Adour-Garonne et les Fédérations de pêche associées et la Fédération Nationale pour la Pêche en France et de l’Office Français pour la Biodiversité (OFB).

 >> Objectifs

  • Affiner les limites de l’aire de répartition de l’espèce.
  • Etudes sur la biologie et les traits de vie larvaire du brochet aquitain (université de Lorraine).

 >> Moyens

  • Prélèvements de mucus (mois invasifs que le prélèvement de bouts de nageoires) et photos.
  • Prélèvements d’écailles, d’individus (otolithes, contenus stomacaux, parasites) et d’œufs.

Les échantillonnages sur le terrain sont réalisés principalement par les agents des Fédérations et de l’OFB.

 >> Les premiers résultats datant de début 2021

Ce sont 23 nouveaux secteurs de présence du brochet aquitain qui ont été détectés à partir d’échantillons récoltés entre 2019 et 2020 sur 5 départements.

D’autre part, les premiers développements d’œuf en captivité de brochet aquitain (provenant des Landes) ont été réalisés par l’université de Lorraine au cours du premier trimestre 2021.

Enfin des essais de développement de l’aquaculture du brochet aquitain pour des programmes de repeuplement vont être lancés dans le département des Pyrénées Atlantiques.

Où en sommes-nous de sa connaissance en Gironde ?

Sa répartition connue en 2020

En Gironde, sur les secteurs prélevés (cf. figure ci-dessous), le brochet aquitain est rencontré principalement sur les cours d’eau du plateau landais des jalles du Médoc en passant par la Leyre et le Ciron, mais également sur la Saye (affluent de l’Isle).

Le brochet commun et les hybrides sont observés sur les lacs de Lacanau, Carcans-Hourtin, Cazaux-Sanguinet et sur le bassin de l’Isle et du Lary, soit des secteurs où des empoissonnements en brochet commun ont été réalisés. Sur ces secteurs, la présence du brochet aquitain est confirmée uniquement sur 2 affluents du lac de Lacanau (la craste de l’Eyron et du Pont des Tables) et dans les lagunes de Vire-Vieille et au niveau de Gours sur l’Isle.

Des secteurs semblent totalement indemnes de l’introduction du brochet commun comme : la jalle du Nord au niveau de St Laurent du Médoc, de la Jalle de Castelnau, de la Laurina et de la Jalle de Ludon, de l’Eau blanche, du Gât Mort, du Ciron et de la Saye, où seul le brochet aquitain est observé.

Enfin il conviendrait de confirmer :

– Les cas d’hybridation observés sur l’Eau Bourde et le Saucats (aucun alevinage récent en brochet commun connu).

– La présence uniquement du brochet aquitain sur l’Eau blanche et le Gât Mort (même si aucun alevinage  récent en brochet commun n’est connu).

– La présence du brochet aquitain dans les lacs de Lacanau et de Carcans-Hourtin.

– L’(es) espèce(s) de brochet en présence notamment sur le ruisseau du Cirès ou d’Aiguemorte (se jetant dans le bassin d’Arcachon), le Beuve, le Dropt, la Garonne, la Barboue ou Rieufret, les marais d’Ambès, la Livenne et les marais du Blayais et la Dordogne.

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Des zones de frayère à brochet aquitain en Gironde

Grâce aux inventaires réalisés sur les frayères à brochet recensés par la Fédération, il est également possible de connaître aujourd’hui certaines zones de reproduction du brochet aquitain afin de mieux préserver cette population. Ainsi, plusieurs secteurs sont identifiés dont notamment sur :

  • La Leyre,
  • Le Rouillet (affluent bassin d’Arcachon),
  • Le Chenal du Gua,
  • La Jalle du Breuil,
  • La Jalle de Blanquefort,
  • Le Ciron,
  • La Saye,
  • Et sur l’Isle.
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Sachant que certaines de ces zones de reproduction sont également utilisées par le brochet commun ou hybride, à l’exception des zones de reproduction inventoriées sur la Saye et le Ciron où seul des alevins de brochet aquitain ont été observés.

Quelles perspectives et comment participer ?

Pour cette année, la Fédération de pêche de la Gironde continue d’améliorer la connaissance de la répartition du brochet aquitain par le biais de l’identification morphologique lors des inventaires par pêche et des prélèvements de mucus effectués sur les brochets en vue des analyses génétiques réalisées par le MNHN.

Si vous souhaitez nous aider à améliorer nos connaissances notamment sur les lacs médocains, la Dordogne, la Garonne… vous pouvez nous envoyer vos photos à contact@peche33.com (si possible avec un repère de taille : une photo de qualité du poisson entier et une photo zoomée de la tête du bec à l’opercule) en indiquant le cours d’eau ou le plan d’eau, si possible la commune et le lieu-dit de la capture. Merci d’avance !

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