samedi 19 juin 2021

POISSONS ET PÊCHES : Zoom sur l’Engranne

Venez à la rencontre de Pauline, élève à l’école primaire de St-Jean de Blaignac.  Grâce à Guillaume, animateur pêche, Fred, hydrobiologiste et Emilie en charge de l’Education à l’Environnement à la Fédération, elle va découvrir les actions menées sur cette rivière, les poissons qui y vivent, les techniques de pêche appropriées et les sorties natures programmées…

>> Pauline : Bonjour, je m’appelle Pauline et je suis en classe de CM1. Vivant au bord de l’Engranne, et ayant découvert la pêche et la nature grâce à mon grand père, je voudrais un peu mieux connaître cette rivière.

Fred : L’Engranne est un des plus gros affluents rive gauche de la Dordogne du département de la Gironde. Elle prend sa source à environ 100 m d’altitude sur les communes de Castelviel et de Gornac. Elle conflue avec la Dordogne, sur la commune de Saint-Jean-de-Blaignac. Sa longueur est de 22,5 km. Parmi ses affluents, le plus important est le ruisseau de Gourmeron long de 8,3 km et situé en rive droite. Il conflue à Frontenac. Le bassin versant de l’Engranne est principalement occupé par des vignobles et des surfaces agricoles. On retrouve également de jolies prairies et des boisements alluviaux. Le substrat est très argileux et typique des cours d’eau de l’Entre deux Mers de manière générale.

L’Engranne présente de nombreux moulins, qui fractionnent son cheminement et son écoulement au sein du vignoble bordelais. La vallée de l’Engranne est répertoriée dans le réseau Natura 2000, comme sites importants pour la conservation d’espèces animales européennes menacées comme, le vison d’Europe qui est un animal terrestre, l’écrevisse à pattes blanches qui est autochtone et le toxostome qui est un poisson de plus en plus rare dans nos eaux. De ces trois espèces, seul le vison est encore retrouvé sur l’Engranne, les deux autres ont totalement disparu.

>> Pauline : J’ai entendu parler de cette rivière et mon papi m’a dit qu’on pouvait attraper des poissons d’eaux vives comme le barbeau et aussi d’autres avec des noms compliqués. Je ne connais pas trop ces poissons, qui sont-ils ?

©FDAAPPMA47

Fred : En effet, la partie aval est assez renommée pour la pêche du chevesne et la pêche de la vandoise. Le poisson un peu compliqué dont tu as oublié le nom est sûrement le toxostome dont je t’ai parlé avant. Cela fait quelques années que nous ne l’observons plus sur l’Engranne et sur le département de la Gironde. Espèce autochtone, elle ressemble énormément à la vandoise et au chevesne, et seules les personnes bien aguerries peuvent le reconnaître parmi les autres.

Les inventaires que nous réalisons et ceux réalisés par l’association des migrateurs (MIGADO) ne mettent plus en évidence sa présence sur l’Engranne depuis le début des années 2000. Pour mieux connaître cette espèce, je te laisse consulter en ligne notre atlas des poissons de la Gironde. Tu trouveras l’ensemble de nos données par espèce, ainsi qu’un peu de biologie pour chacune d’entre elles.

>> Pauline : Mon grand-père m’a dit qu’il attrapait aussi des anguilles, il y en a encore sur l’Engranne ?

Guillaume : Oui il est toujours possible d’attraper des anguilles sur l’Engranne. Ton grand-père devait sûrement pêcher sur la partie aval au niveau de la confluence avec la Dordogne, c’est un coin bien connu pour la pêche de ce poisson.

Pour pouvoir l’attraper, le meilleur appât reste le ver de terre. Il suffit de mettre une plombée assez lourde pour pêcher sur le fond avec un hameçon de taille n°8 à n°4 et un corps de ligne assez costaud pour ne pas casser lors du combat avec ce poisson plutôt puissant !

©FNPF

Fred : L’association des poissons migrateurs de la Garonne Dordogne (MIGADO) suit de très près la remontée de l’anguille sur l’Engranne. Des inventaires sont réalisés très régulièrement en aval de la plupart des obstacles difficilement franchissables par cette espèce. Ton grand-père t’en a peut-être parlé, mais l’Engranne regorge de nombreux moulins avec des ouvrages parfois anciens, et pas toujours adaptés à la migration de cette espèce.

Mais des travaux de restauration de la continuité écologique sont réalisés. N’oublions pas que cette espèce née dans l’Océan, dans la mer des Sargasses, et qu’elle vient grandir en eau douce, notamment sur l’Engranne. Une fois passée quelques années, elle refait le chemin inverse.

>> Pauline : y a-t-il d’autres espèces pêchables ?

Guillaume : Oui, plusieurs espèces pêchables sont présentes sur l’Engranne mais la partie aval reste encore une fois la plus réputée. La pêche au bouchon aux appâts naturels reste la technique à privilégier pour capturer les poissons blancs comme le gardon, la vandoise ou le chevesne. Mais il est aussi possible pour les pêcheurs à la mouche de capturer de très beaux spécimens de barbeaux à la nymphe par exemple.

Ton grand-père a également dû te parler de la pêche à l’Alose feinte, dont le village de saint Jean de Blaignac était et est encore un endroit très prisé des pêcheurs de gattes. Facile à pêcher avec un lancer et une cuiller ondulante plombée, il te suffit de bien regarder la marée et tu peux passer un moment sympa, notamment sur les quais de St Jean de Blaignac.

©FNPF

>> Pauline : Comment savez-vous que toutes ces espèces peuplent l’Engranne ?

Fred : Depuis des années, la Fédération réalise des inventaires sur ce cours d’eau et sur de nombreux cours d’eau du département de la Gironde. Des inventaires récents (2020) nous ont permis de mettre en évidence plusieurs populations plutôt en bonne santé. Je veux dire par là, que ces espèces semblent s’être acclimater au milieu et elles y accomplissent l’intégralité de leur cycle de vie. On retrouve des géniteurs, des alevins et des individus de plusieurs générations. Dans ces espèces, je parle du goujon, du chevesne, du vairon et de la loche franche qui sont ceux que l’on retrouve assez régulièrement sur l’Engranne. Comme le disait Guillaume, on retrouve également d’autres espèces comme le barbeau fluviatile, la vandoise, l’anguille, le gardon, et l’ablette. Pour les moins connues, on parle du flet (ou platus), de l’épinoche et du mulet que l’on retrouve uniquement sur la partie aval.

Maintenant on peut aussi aborder les espèces que l’on pourrait retrouver sur ce bassin versant, le toxostome, le brochet (qui était présent dans les années 90) ou encore des lamproies (lamproie marine, lamproie fluviatile et planer), que l’on ne retrouve plus sur le bassin versant. Des modifications de la qualité des sédiments, de la qualité de l’eau et les segmentations du cours d’eau ont fait disparaître ces populations de l’Engranne qui transitaient par la Dordogne.

De nouvelles espèces exogènes ont également fait leur apparition lors des 2 dernières décennies, comme le pseudorasbora, la gambusie, le poisson chat ou la perche soleil. On retrouve également de nombreux poissons préférant les eaux tempérées comme le carassin, le gardon, l’able de Heckel, la carpe… Ces espèces se sont très bien adaptées au ralentissement et au réchauffement des eaux.

>> Pauline : Les moulins existent depuis très longtemps, mon grand-père les a toujours connus, et il y avait déjà du poisson dans l’Engranne.

Fred : Oui en effet, et il t’a sûrement dit qu’il y avait plus de poissons autrefois… Nous ne cessons d’entendre ce discours durant nos journées aux bords de l’eau à travers le territoire. Force est de constater, que beaucoup moins de monde est sur l’eau ou à la pêche et donc forcément on attrape moins de poissons. Pourtant, ils sont toujours là, du moment qu’il y a de l’eau, potentiellement il y a du poisson. Maintenant, les milieux se sont fortement dégradés en cause en partie de l’être humain et de sa technologie toujours grandissante.

Notre travail est de sensibiliser les acteurs locaux, les élus, les techniciens, les riverains pour que les espèces reviennent en nombre sur les bassins versant, en limitant les espèces exogènes et leur fort pouvoir de colonisation. Pour cela, il faut redonner vie à nos cours d’eau, laisser l’eau s’écouler sans encombre pour éviter de changer les peuplements originels de ces cours d’eau. Il faut essayer de limiter au maximum tous les rejets, les pompages et autres influences de l’homme sur la qualité de l’eau et aussi de l’habitat. Il faut redonner une dynamique d’ensemble à ces beaux cours d’eau qui autrefois étaient des lieux d’échanges et de partage.

Travaux d’effacement du barrage de l’Estrabeau sur l’Engranne en 2018

>> Pauline : Je suis une enfant et je ne sais pas trop comment je pourrais vous aider ?

Fred : Bien évidemment, on a tous un rôle à jouer, chacun à son niveau. Vous êtes l’avenir, et vous sensibilisez aujourd’hui, sera très important quel que soit votre futur métier. Il existe de nombreuses associations toujours à la recherche de bénévoles et de bonne volonté comme l’AAPPMA de la Gaule Frontenacaise. En parler autour de toi est déjà très important à ton niveau, être sensibiliser à l’environnement est encore mieux.

Et des gestes simples sont possibles au quotidien pour l’environnement : économiser l’eau, limiter les pompages et les actions néfastes sur l’environnement, éviter d’utiliser des produits nocifs pour la qualité des eaux …, sans oublier d’éviter d’altérer les abords de nos cours d’eau déjà fortement impactés par l’Homme.

Emilie : De plus, sache que chaque année, le service Education à l’Environnement de la Fédération propose des balades Nature accompagnées d’un animateur à destination du grand public lors de la période estivale. En 2021, 2 balades Nature sont prévues autour du lac de Laubesc, sur la commune de Cessac le samedi 19 juin et le jeudi 15 juillet de 14h à 16h afin de découvrir les différents écosystèmes qui cohabitent (zones humides, lac, …)

sur ce lieu et de connaître toutes les anecdotes de la faune et flore présentes. Ces balades sont ouvertes à tout le monde, et on y apprend beaucoup de choses et je t’invite à en parler autour de toi pour venir partager ce moment…

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