mardi 26 octobre 2021

Quand continuité écologique rime avec sécurité : le cas du canal des Landes

Le Canal des Landes est dit aussi Le Canal de Cazaux. Il relie le lac de Cazaux-Parentis au bassin d’Arcachon. Il traverse les communes de La Teste de Buch et Gujan-Mestras.

Vue aérienne de la partie basse du Canal des Landes - © ETCHARD

Son histoire depuis le 19ème siècle

Le projet de creuser le Canal des Landes a pris forme entre 1834 et 1838. La Compagnie d’exploitation et de colonisation des Landes de Bordeaux créa cet axe artificiel pour le transport de marchandises, essentiellement du fer, puis pour le tourisme fluvial. La navigation était rendue possible grâce à sept écluses qui géraient les niveaux d’eau sur les 14 km de longueur du canal. En effet, le lac de Cazaux se situe 20 mètres au-dessus du niveau du Bassin d’Arcachon.

Bassin à la première écluse à La Hume au 19ème siècle - © Documentation La-Teste-de-Buch

Très rapidement, en 1857, la Compagnie déposa son bilan. La rentabilité insuffisante de ses activités et l’ensablement du lit du canal lui posa de nombreux problèmes. La navigation cessa vers 1860. Dès la fin du 19ème siècle, ce canal tombait plus ou moins dans l’oubli.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands, qui craignaient un débarquement anglais, détruisirent toutes les écluses du canal et les remplacèrent par neuf barrages de palplanches (poutres en acier emboitées formant des parois étanches).

Exemple d’un ouvrage métallique implanté durant la Seconde Guerre mondiale - © Rivière-Environnement (février 2013)

Le Canal des Landes au 21ème siècle

Un impératif de sécurité des personnes et des biens

Un demi-siècle après la Seconde Guerre mondiale, la menace du risque d’inondation a ressurgi pour des raisons de vieillissement des ouvrages métalliques. Les quartiers de Clairbois et la Hume se trouvaient particulièrement exposés. La mise en sécurité des seuils et des écluses s’imposait. Malgré des renforcements ponctuels, les gestionnaires locaux se devaient de passer à l’action.

Le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon (SIBA) lançait de 1998 à 2013, quatre études, dont la réalisation d’un état des lieux du cours d’eau. Elles portaient sur l’hydraulique du Canal des Landes et le fonctionnement des ouvrages présents sur son cours.

Un objectif de reconquête de la continuité écologique

L’obligation de restaurer la continuité écologique à moyen terme apparaissait dès la fin 2013. En effet, les seuils métalliques avaient participé à l’artificialisation du milieu et à la rétention des sédiments. Ils limitaient aussi, voire, empêchaient, la circulation des espèces piscicoles. Le transit des sédiments (ici le sable) et la circulation de l’anguille, poisson grand migrateur, doivent être assurés sur cet axe qui relie le Bassin d’Arcachon et le lac de Cazaux .

Des enjeux bien identifiés

En 2016, un marché de maitrise d’œuvre pour la définition, la mise en œuvre et le suivi des travaux de mise en sécurité des seuils et des écluses du Canal des Landes était lancé par le SIBA. Il visait également le rétablissement de la continuité écologique sur cet axe. L’étude permettait de recenser de nombreux enjeux contraignants pour le programme des travaux.

Des enjeux d’ordre longitudinal

La biodiversité associée aux bordures du canal, ainsi que la végétation arborée dépendante du niveau de la nappe phréatique sont à préserver. Un risque de fluctuations de cette masse d’eau pourrait s’ensuivre après le dérasement des seuils. Le cas du parc de la Chêneraie était donc considéré de près à l’aide d’un suivi piézométrique. Il ressortait la nécessité de maintenir le niveau d’eau de la nappe d’accompagnement.

Des risques d’érosion latérale susceptibles de déstabiliser les berges, certaines anciennes écluses et les chemins piétonniers du parc de la Chêneraie existent aussi.

Des enjeux d’ordre transversal

Les ouvrages transversaux autres que les seuils métalliques ne manquent pas. Sont pointés un collecteur d’eaux usées, la piste cyclable, l’Allée des Fragons, la RN250/A660 et l’Avenue de l’Europe. Leur bonne tenue doit être préservée afin d’assurer les usages et les services de part et d’autre du canal.

D’importants travaux échelonnés dans le temps

Des travaux de mise en sécurité dès 2016

Un premier ouvrage était concerné par un risque non prévisible de rupture. De son nom technique, dit SM03, il s’agissait d’un seuil en palplanches métalliques en mauvais état, proche du parc de la Chêneraie. Sa stabilisation était décidée par la mise en place d’un enrochement à l’arrière du rideau de palplanches, sur sa demi hauteur. L’ouvrage était dimensionné pour casser l’onde de rupture potentielle des palplanches.

Le seuil SM03 avant travaux (novembre 2016) © EGIS
Le seuil SM03 renforcé par des enrochements (décembre 2016) - © SIBA

Une programmation de travaux en plusieurs phases

Dès la fin de l’étude, en juin 2018, il était décidé de traiter en priorité, et si possible à court terme, le cas de cinq ouvrages situés à l’aval du canal. Un suivi de la nappe était prévu avant le démarrage des travaux. Deux ouvrages en palplanches devaient être démolis et reconstruits afin de ne pas abaisser ou très peu le niveau de la nappe. Les trois autres ouvrages pouvaient être dérasés.

Localisation des ouvrages concernés par les travaux à court terme de mise en sécurité sur le Canal des Landes – (fond d’écran © IGN – Geoportail)

Un premier chantier lancé en 2019

La construction d’un seuil réglable et aménagé pour les anguilles était lancée en septembre 2019 à la place de l’ancien ouvrage SM03.

Le chantier subissait les intempéries de fin 2019 à début 2020, puis, la période de confinement du printemps 2020, entrainant deux interruptions totalisant 3 mois d’arrêt forcé. Les travaux étaient achevés en juillet 2020.

Ce nouvel ouvrage est transparent au sens de la continuité écologique. Ce n’est pas un obstacle puisqu’il est conçu avec une passe à anguille.  Cette dernière est équipée d’un tapis à picots permettant à l’anguille une progression de montaison plus facile. Le seuil comporte aussi un système de vannage permettant le transit des sédiments sablonneux importants dans ce canal. Enfin, l’ouvrage permet la circulation humaine grâce à une passerelle à la fois piétonne et cycliste.

Le nouvel ouvrage de régulation remplaçant celui dit SM03 : vue sur la passe à anguille en novembre 2020 (© SIBA)
Le nouvel ouvrage de régulation remplaçant celui dit SM03 : vue sur le vannage en février 2021 (© FDAAPPMA33)

Le deuxième chantier lancé en 2021

Actuellement, le deuxième chantier des travaux concerne les deux ouvrages situés le plus en aval sur le Canal des Landes. Il faut savoir que le canal des Landes, décidemment bien particulier, se termine en cul-de-sac. Il se déverse dans le contre-canal ou canal des Usines par le déversoir OD02.

Le déversoir OD02 avec son seuil en béton amont (© FDAAPPMA33 – février 2021)
passage busé vu depuis l’amont (© EGIS Eau - avril 2017)

Démarrés en mai 2020, les travaux visent tout d’abord la démolition de l’ouvrage OD02 avec son remplacement par un ouvrage mobile dit à clapet. En effet, ce dernier doit permettre de se fermer complétement ou à l’inverse de s’ouvrir plus ou moins en fonction des conditions de débits. L’ouvrage est, de plus, aménagé pour le franchissement de l’anguille grâce à une rampe à anguilles

Vues depuis l’aval sur l’ouvrage OD02 avant travaux et simulation du nouvel ouvrage après travaux (© EGIS Eau - février 2019)
Etat d’avancement des travaux menés en 2021 sur l’ouvrage OD02 à la fin juin (© SIBA)
Etat d’avancement des travaux à la mi-septembre (© Midi Prod)

Le seuil SM01 correspond au seuil en palplanches et batardeaux le plus aval. Il reçoit à la fois les débits du canal des Landes et du canal des Usines.

L’ouvrage SM01 © EGIS Eau - mai 2017

L’arasement partiel du seuil métallique SM01 est en cours. Toutefois d’importantes contraintes latérales liées à la proximité de bâtiments privés, nécessitent de réévaluer le projet d’arasement complet du seuil.

Et après 2021 ?

La suite des travaux menée par le SIBA se fera progressivement vers l’amont du Canal en fonction des résultats du suivi de la nappe d’accompagnement liés aux tests de niveaux qui seront menés sur le canal.

Les ouvrages dangereux et inutiles seront effacés. Les ouvrages indispensables seront sécurisés et rendus transparents. A plus ou moins long terme, la restauration de la continuité écologique sera ainsi obtenue sur tout le linéaire du Canal des Landes.

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