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Étude télémétrique : comment bougent les brochets ?

26.09.2025 | Actualités, Environnement

En 2023 la Fédération a débuté une étude de suivi télémétrique des brochets sur le canal des étangs et sur les zones humides aux alentours. Vous trouverez tous les détails des objectifs et méthodologie mise en place ici.

Les principaux résultats de l’étude télémétrique sur les brochets

Deux campagnes de suivi en télémétrie mobile ont été réalisées pour cette étude, la première d’octobre 2023 à juin 2024 et la deuxième compagne s’est déroulée de janvier 2025 à juin 2025.

Une majorité de brochets retrouvés lors de la 1ère campagne

Au début de la première campagne de suivi, en octobre 2023, la quasi-totalité des brochets marqués ont pu être localisés dans la zone d’étude (cf. figure 1). Ce nombre de brochet contacté va diminuer au cours du temps pour attendre une valeur moyenne d’une dizaine d’individus localisés à chaque sortie de terrain. Plusieurs facteurs et causes peuvent expliquer la baisse de nombre de brochets détectés. En effet, certains brochets ont quitté la zone d’étude en allant vers le lac de Lacanau. D’autres ont probablement été naturellement prédatés ou prélevés par l’homme.

Lors de la deuxième campagne de suivi en 2025, un nombre réduit de brochets ont été détectés (maximum 8). Néanmoins il n’est pas surprenant qu’une partie des individus marqués ne soient plus dans la zone d’étude, 1 an et demi après les opérations de marquage (déplacement naturel, prédation, prélèvement).

Figure 1
Figure 2

Les résultats les plus intéressants à présenter sont ceux de la première campagne car ils s’étendent sur une plus longue période, 9 mois pour la première campagne et un peu plus de 5 mois pour la deuxième. Aussi lors de la première campagne le suivi a été réalisé en moyenne deux fois par semaine sur l’ensemble de la période contre une seule fois par semaine lors de la deuxième campagne.

Une majorité de brochets circulent entre le marais du Gnac et le canal des étangs pour leur reproduction et leur croissance

En analysant la localisation des brochets détectés lors de la première campagne on constate que les individus quittent le canal entre fin novembre et début janvier pour aller dans le marais du Gnac. C’est ce que montre les figures 3 et 4. Au début de la campagne la passe à poissons du marais du Gnac n’était pas en eau, elle est devenu fonctionnelle avec les précipitations de novembre 2023. On voit très clairement que dès que les brochets ont pu emprunter la passe à poissons ils ont en majorité migré dans le marais du Gnac. Les brochets sont globalement restés dans cette zone de marais jusqu’à la fin du mois de mai.

On peut donc considérer que ces individus ont frayé dans le marais car ils y sont restés pendant l’intégralité de leur saison de reproduction. Entre fin mai et début juin la majorité des brochets quittent le Gnac pour retourner dans le canal, mais certains brochets sont restés dans le marais en saison estival car le niveau d’eau du marais est resté haut. Notons qu’un seul brochet a été détecté dans la RNN de Cousseau, mettant vraisemblablement en évidence un accès mois favorable à la réserve par le canal de sortie, pour les brochets présents dans le canal à l’aval de Montaut.

Les résultats de la deuxième campagne de 2025 confirment les résultats de la première campagne avec une majorité de brochets qui passent la saison hivernale dans le marais du Gnac. 

Figure 3
Figure 4 Représentation de la localisation des brochets au cours de la première campagne de suivi

L’étude confirme l’effet bloquant du barrage de Montaut pour les géniteurs de brochets

Pour finir avec les résultats de l’étude, les 4 antennes fixes de détections installées lors de la première campagne de suivi ont permis d’enregistrer le passage et la localisation des brochets. Les antennes fixées au niveau des passes à poissons du Gnac et de la RNN de Cousseau ont montré la fonctionnalité des passes qui permettent la circulation du poisson. Cependant, l’antenne fixe installée sur la passe de Montaut a mis en évidence qu’aucun brochet n’a réussi à franchir l’ouvrage. De plus les données de cette antenne montrent clairement que les brochets s’accumulent en pied d’ouvrage (cf. figure 5), certains restent plusieurs jours devant le seuil, et l’ensemble des brochets finissent par faire demi-tour et regagnent le canal.

Figure 5 : Histogramme illustrant la répartition du nombre de signaux enregistrés pour chaque brochet et chaque station fixe

Conclusions et pistes de gestion

L’ensemble des données acquises entre 2023 et 2025 par l’intermédiaire de la radio télémétrie permettent de répondre aux hypothèses de l’étude et de proposer des pistes de gestion en faveur de la conversation de la population de brochet sur le bassin versant.

L’écluse de Montaut, un seuil bloquant pour les géniteurs de brochets. Les données montrent que l’ouvrage de Montaut n’a pas été franchi une seule fois pendant la durée de l’étude. Aussi on voit que certains individus restent des jours devant le seuil avant d’opérer un demi-tour et de descendre dans le canal. Ainsi les brochets nés notamment sur la RNN de Cousseau et le marais du Gnac , et se retrouvant dans le canal des étangs à l’aval de Montaut, ne peuvent donc pas atteindre le lac de Carcans-Hourtin, limitant le brassage génétique et l’accès aux zones de reproduction du lac.

Le marais de Gnac est la zone de frayère privilégiée par la population de brochet du Canal des étangs. La grande majorité des brochets marqués ont passé plusieurs mois dans le Gnac entre décembre et mai. En plus d’être une zone de reproduction, le marais du Gnac est un milieu propice pour l’accueil de la faune piscicole tant que le niveau d’eau dans le marais est suffisamment haut.

Ainsi à la suite de notre étude, des discussions et des pistes d’améliorations ont été envisagées en partenariat avec le SIABVELG et les agents de la RNN de Cousseau. La problématique principale est d’améliorer la circulation des brochets entre le canal des étangs, le lac de Carcans-Hourtin, et les différentes zones de marais aux alentours.

Dès l’automne 2025 le SIAEBVELG a mené des actions d’entretien de la végétation pour tenter d’améliorer la connexion entre le nord du marais du Gnac et les réseaux de canaux au sud du Lac de Carcans Hourtin, afin de contourner l’obstacle de Montaut (cf. figure 6). Retour en images bientôt disponibles !

Figure 6 : Cartographie montrant l’itinéraire crée par les actions du SIAEBVELG afin de contourner l’écluse de Montaut

Aussi sur la même période les agents de la RNN de Cousseau envisagent de modifier l’agencement des grilles située sur le canal d’entrée menant à la réserve. Ces grilles, installées pour empêcher l’entrée des déchets flottants et des plantes invasives venant du canal dans la RNN de Cousseau, bloquent aussi le passage des brochets adultes. L’aménagement de ces grilles devrait permettre d’améliorer l’accès des brochets, présents à l’amont de l’écluse de Montaut, à leurs zones de reproduction situées dans la RNN de Cousseau.

Ainsi grâce à cette étude et à la volonté des acteurs locaux (SIAEBVELG et RNN de Cousseau), deux itinéraires vont être créés afin de rétablir une réelle circulation des brochets qui étaient jusqu’à présent bloqués par l’écluse de Montaut.

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