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Renaturation en cours sur le ruisseau de Taillas

21.04.2026 | Actualités, Environnement

Un petit cours d’eau

Un exutoire contraint

Le Taillas est un petit affluent du fleuve Dordogne. Long d’environ 7 km, il prend sa source à Saint‑Émilion et rejoint la Dordogne à Libourne (Figure 1).

Cette rivière est si petite qu’elle est dénommée ruisseau de Taillas, cependant c’est une masse d’eau référencée à l’échelle Européenne. Elle participe à l’équilibre écologique local tout en permettant l’évacuation des eaux pluviales des zones viticoles et semi-urbaines qu’elle traverse.

Figure 1 Le ruisseau de Taillas (source : Géoportail)

A partir de la route départementale 670, elle emprunte sur près de 350 m l’ancien canal d’amenée du Moulin Carré. L’issue du bief de fuite a été volontairement comblée depuis plusieurs années par le propriétaire de l’ancien moulin. Depuis, l’ouvrage de surverse de ce dernier est devenu le seul exutoire du cours d’eau. Ce déversoir, dont la chute créée atteint près de 3 m, se situe à environ 200 m de la rivière Dordogne.

Figure 2 L’ouvrage de surverse de l’ancien moulin Carré vu depuis l’aval (© SYER)
Figure 3 le canal d’amenée (© Biotec)

Un canal et un talweg

Depuis le XIXème siècle, le débit passe majoritairement par le canal d’amenée. Ce canal constitue un bras perché car, selon les endroits, il est plus haut de 1 à 4 m par rapport au fond du vallon. Il cloisonne le milieu aquatique qui s’y trouve perturbé, à la fois dans sa continuité hydraulique, sédimentaire, et, biologique.

Par le passé, le vallon ou talweg de ce site concentrait naturellement les écoulements du cours d’eau par un bras dit usuellement le ruisseau de Carré. Finalement, les bras du Taillas et du Carré se rejoignent 40 m après la chute du seuil. Leurs eaux réunies s’écoulent sur 200 m avant d’atteindre la Dordogne.

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Figure 4 Vue aérienne du tronçon terminal du Taillas et du vallon en rive droite © François GUEYDON (EPIDOR)
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Figure 5 L’hydrosystème local en aval de la RD670 (sources : Géoportail et Biotec)

Des aménagements vieillissants

Un ouvrage de surverse instable

Le déversoir du moulin montre un niveau de dégradation profond (maçonneries instables, renards hydrauliques nombreux, etc.). Il présente un risque pour la sécurité du site viticole (accueil du public) mais aussi de dysfonctionnement hydraulique du cours d’eau (contournement des vestiges de l’ouvrage et incision du lit sur l’ensemble du linéaire considéré).

Un bief fragile

Le bief a été créé de main d’homme. Il est long et topographiquement « perché ». Des pertes d’eau et des points de faiblesse ont été identifiés. Des écoulements se produisent à travers la digue. Un lit secondaire se distingue et rejoint le fond de vallon. Une brèche s’était déjà produite par le passé lors de crues.

La déformation et le basculement du lit du Taillas en rive droite s’avérant très probable lors d’un prochain évènement (effondrement du seuil, déchaussement et basculement d’arbres en rive, ou crue majeure) il était opportun d’anticiper de futurs désordres.

Le SYER et la CALI à la rescousse

En 2023, en accord avec le propriétaire de l’ancien moulin, le Syndicat des Eaux et Rivières (SYER) des Coteaux de Dordogne[1] engage une réflexion en partenariat avec le service GEMAPI de la Communauté d’Agglomération du Libournais (La CALI). Objectif, restaurer la transparence hydro‑écologique de la partie aval du cours d’eau à partir de la RD670.


[1] compétence GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations

Le bureau d’étude Biotec est alors mandaté par le SYER pour réaliser l’étude préalable et assurer la maitrise d’œuvre des travaux à venir.

Un projet dûment intégré

Principes de base

En toute logique, la restauration de la continuité piscicole, hydraulique et sédimentaire du Taillas va passer par la création d’un nouveau tronçon de cours d’eau. Il permettra le retour des eaux en fond de talweg.

Le point « de basculement » des eaux est prévu en partie amont des emprises de l’étude. Ainsi, un profil en long au plus proche de la pente « naturelle » du vallon, et donc de la rivière, sera favorisé.

Les dysfonctionnements constatés sur le cours du ruisseau de Carré (prélèvements, rejets, ouvrages transversaux, etc.) seront aussi à régler afin d’assurer une réelle plus-value à l’opération de renaturation.

Habitats piscicoles

La Fédération a réalisé des pêches électriques en mai 2023, à la demande du SYER au niveau du Taillas. Il ressort que la section aval du cours d’eau bénéficie d’un substrat assez diversifié, avec un lit graveleux parsemé d’hydrophytes. La densité des poissons y est notable alors que le Taillas, essentiellement sableux en amont de la RD670, ne permet d’observer que de l’écrevisse de Louisiane. Ce constat souligne bien un problème de continuité écologique.

Un scénario ambitieux retenu

Le scénario retenu présente plusieurs avantages :

– il s’appuie uniquement sur des travaux de terrassement, sans nécessiter de dispositifs techniques pour stabiliser le nouveau lit du cours d’eau. Un nouveau segment de cours d’eau, long de 50 à 65 mètres, sera créé. La pente sera douce et le dénivelé raisonnable afin de permettre le rétablissement du cours d’eau en fond de talweg, ainsi que la recréation d’un tracé légèrement sinueux.

– il offre une transparence totale sur les plans piscicole, hydraulique et sédimentaire.

– en supprimant l’intégralité du linéaire du bief et du lit du Taillas « perché », soit 100 % du cours d’eau chenalisé, il élimine le risque d’érosion des berges au niveau de la parcelle viticole concernée. Le lit naturel ainsi recréé canalise les débits habituels, qui se dirigent ensuite vers des milieux humides, ce qui facilite la gestion et l’entretien du site. L’ancien canal d’amenée sera comblé en majorité grâce aux excédents de terrassement produits sur site. Les ouvrages transversaux et des empierrements de berges (ainsi que l’effacement complet du seuil de surverse seront démontés) le seuil (ouvrage) ne sera pas démonté mais comblé afin de restaurer les milieux humides.

D’autres interventions complémentaires sont prévues comme le nettoyage du site et le déplacement du bassin de gestion des eaux pluviales d’un magasin voisin. L’objectif est de permettre une reconnexion la plus amont possible en fond de vallon. Cela permettra de respecter une pente de transition la plus douce possible et de limiter le risque d’une érosion prononcée.

L’abattage d’arbres sera sélectif. Une re-végétalisation ciblée et adaptée sera également au rendez-vous. Enfin, l’ensemble des surfaces travaillées seront ensemencées afin de garantir une insertion paysagère et écologique optimale.

Une adhésion locale

Le soutien des propriétaires riverains tout au long de l’étude a été constant grâce à une information qui leur a été délivrée régulièrement via des réunions publiques et du conventionnement.

Pendant la phase travaux, chaque opération (abattage, restructuration du lit mineur, etc…) menée dans l’emprise foncière de chacun des propriétaires sera l’objet d’un suivi individuel par le binôme, maître d’ouvrage/maître d’œuvre. 

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Figure 6 La création d’un lit accueillant les eaux du ruisseau Taillas et du bras de Carré en fond de talweg (© Biotec 2025)

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