lundi 28 novembre 2022

Poissons et pêche : découvrez le chenal du Gua !

Venez à la rencontre de M. Pellé, ancien technicien rivière de la Pointe Médoc. En partenariat avec Nicolas (responsable développement pêche) et Fred (hydrobiologiste) de la Fédération de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de la Gironde, venez découvrir ce parcours de pêche atypique du département de la Gironde !

Prairie humide située en lit majeur et le chenal du Gua

>> Fred : « Bonjour Alexandre, aujourd’hui, je souhaiterais parler du chenal du Gua. Pourrais tu nous présenter ce cours d’eau au régime particulier et de ton ancien rôle au sein du Syndicat Mixte du Bassin Versant de la Pointe Médoc? »

Alexandre Pellé : Au sein du syndicat j’étais responsable du service de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (GEMAPI). La mission principale était de mettre en place des actions de gestion ou de restauration des milieux aquatiques pour atteindre le bon état écologique de ces milieux tout en conciliant les usages (agricoles, sylvicoles et de loisirs).

Il s’écoule ensuite vers le Nord sur une longueur approximative de 40 km et traverse l’ensemble des marais arrières littoraux entièrement inondés en période hivernale pour ensuite être chenalisé jusqu’à l’Estuaire de la Gironde où il se jette au niveau du port de St Vivien Médoc. Les espèces piscicoles repères pour ce cours d’eau sont l’anguille européenne ainsi que le brochet aquitain.

localisation du chenal du Gua et de son marais

>> Fred : « Comment la gestion de l’eau de ce bassin versant est-elle pratiquée, au vu à la fois du profil linéaire et peu pentu du bassin, et de l’ensemble des marais situés en lit majeur ? »

Alexandre Pellé : Le débit sur ce cours d’eau connaît une amplitude importante avec des crues importantes en hiver et des assecs marqués en période estivale. Les marais permettent de jouer un rôle de champ d’expansion des crues et d’épuration des eaux. Ces périodes d’inondation sur le marais sont donc propices à la reproduction des espèces piscicoles phytophiles. Ce cours d’eau prend naissance sur le plateau landais à dominance forestière sur les communes de Naujac sur Mer et d’Hourtin grâce à un ensemble de petits chevelus (ruisseaux).

Pour faciliter la gestion sur ces milieux, des ouvrages hydrauliques compatibles avec la continuité écologique et le cycle migratoire de l’anguille, permettent de réguler les niveaux d’eau et ainsi d’éviter un ré-essuyage précoce de ces zones de reproduction. Pendant la période estivale jusqu’à l’arrivée des premières crues, les marais sont exondés pour faciliter une repousse des herbacés qui constitue le support de ponte de l’hiver suivant. Pour éviter l’intrusion d’eau saumâtre, un ouvrage constitué de portes à flot et de vannes est situé au Port de St Vivien Médoc.

Localisation des ouvrages principaux permettant la gestion de l’eau sur une partie du marais prospecté

>> Alexandre : Fred, peux-tu nous présenter les activités que vous réalisez sur ce type de cours d’eau au sein de service technique de la Fédération ?

Fred : Depuis 2007, la Fédération réalise des suivis sur ce bassin versant parfois oublié au fin fond de la Pointe Médoc. Or, ce Chenal renferme un potentiel très intéressant à la fois pour la reproduction du brochet et ses espèces accompagnatrices (tanche, carpe…) et pour la pêche à la ligne. Historiquement, les marais du Médoc était une “frayère à ciel ouvert” où les agents de la Fédération et du CSP (Conseil Supérieur de la Pêche) récupéraient de nombreux juvéniles de brochet pour aleviner l’ensemble du département (années 1980). A noter que des projets de restauration de frayères sont déjà prévus à proximité du marais de Lespaut, sur un ancien bras du Deyre, qui permettront d’améliorer leur fonctionnalité et le retour, dans le Deyre et le chenal du Guâ, des juvéniles de brochets et autres espèces nés sur la zone.

Deux types d’activités sont réalisés par la Fédération :

  1. Travail sur les zones humides et les différents espaces disponibles pour la reproduction du brochet. En 2007, les premiers inventaires par pêche électrique dans ces zones inondables situées en lit majeur ont été réalisés et ont donné des résultats très intéressants.

Deux types de zone humide rencontrées aux abords du chenal du Gua

En 2020, des inventaires sur tout le linéaire du chenal du Gua ont été effectués au moment de la reproduction de l’espèce (janvier-mars) afin d’être plus proche des conditions hydrauliques réelles. Cette démarche a permis de référencer à l’échelle du bassin versant, les frayères potentielles pour le brochet tout en évaluant leur fonctionnalité.

Cet inventaire permet de cibler les zones à fort potentiel de celles qui le sont moins, et de cibler des actions de restauration en faveur du milieu et du brochet, en partenariat avec le Syndicat.

Chenal du Gua qui déborde en période hivernale

En 2020, se sont également déroulés des inventaires par pêche scientifique, ciblés sur le brochet, sur plusieurs de ces zones humides référencées quelques mois plus tôt.

 Chaque zone a clairement mis en évidence la présence du Brochet.

Brocheton retrouvé en 2020

Depuis 2021, nous réalisons des suivis de la productivité de ces zones de reproduction afin d’évaluer combien une surface donnée de frayère “produit” de brochetons et d’évaluer si ces valeurs sont suffisantes pour assurer la pérennité de la population sur le bassin. Dans le cas où les résultats ne seraient pas suffisants, des mesures de gestion voir de restauration seront partagées avec le Syndicat afin d’améliorer la situation.

2. Suivi de l’état du peuplement global de poissons, avec en 2012 et 2018, 6 stations d’inventaire prospectées en pêche électrique  le long du chenal du Gua.

La carte vous situe les stations le long du chenal du Gua, et sur le ruisseau du Deyre en amont.

Le tableau suivant vous présente toutes les espèces recensées sur le chenal du Gua avec les abondances matérialisées par des symboles

(++ très abondant, + peu abondant et – quelques individus) et leurs tendances d’évolutions depuis le début de nos suivis en 2010.

Les résultats sont fort intéressants, avec une diversité piscicole de 14 espèces. On retrouve, du brochet commun et aquitain le long du chenal et sur globalement l’ensemble des stations.

Notons la présence de la carpe commune, prisée par quelques pêcheurs locaux. Le cours d’eau présente un faciès très homogène et très peu diversifié, limitant la présence d’espèces plus lotiques (préférant les eaux courantes).

Brochet de 70 cm
carpe commune

>> Fred : Bonjour Nicolas, en quelques mots, peux-tu nous présenter le parcours de pêche du chenal du Gua, et les différentes techniques que nous pouvons utiliser

Le chenal du Gua est un cours d’eau lentique, qui est soumis à marée sur sa partie aval. Au vu de la population piscicole, plusieurs techniques peuvent être pratiquées :

  • La pêche au coup et ses dérivés pour cibler les carpes, les gardons, les tanches et les brèmes qui sont présents sur ce parcours.
  • La pêche au leurre et au vif pour capturer des brochets qui sont les carnassiers majoritaires de ce cours d’eau, ou des perches.
  • Enfin, il est possible d’attraper des anguilles, en utilisant des vers ou des morceaux d’appâts (lard, poisson) posés sur le fond.

Il est intéressant de noter que l’AAPPMA de la Gaule Viviennaise soutient chaque année les populations de poissons du chenal en introduisant certaines espèces issues de piscicultures agréées : gardon, carpe, tanche, perche et brochet.

Assez méconnu, car situé très au Nord-Ouest de notre département, le chenal du Gua reste très facile d’accès à pied ou en float tube. La préférence serait d’y aller en fin d’automne, ou alors à l’ouverture pour y traquer quelques spécimens de brochet.

En période estivale, on retrouve quelques vacanciers qui s’exercent à la pêche au coup du poisson blanc, et parfois quelques carpistes téméraires.

N’hésitez pas à aller y jeter une ligne ou un leurre, vous pourriez être surpris !!

Voir aussi

Continuité écologique : des travaux sur le Guy