jeudi 29 février 2024

Le bassin versant du Moron, un projet de territoire

Aux portes de l’estuaire

La rivière Moron a la particularité d’être le dernier affluent en rive droite de La Dordogne. Le Moron, de près de 25 km de long, rejoint le fleuve entre les communes de Bourg et Prignac-et-Marcamps, au sud-est du château de Mille Secousses. Nous sommes alors face au Bec d’Ambès. Là, les deux fleuves, Dordogne et Garonne, se rejoignent et forment la Gironde, le plus grand estuaire d’Europe.

Les « Palus du Moron »

La partie basse du bassin versant du Moron est très influencée par la marée. Celle-ci apporte un volume important de sédiments qui favorise la formation de bancs de sable et de vasards. Un ensemble de marais estuarien, localement appelés les « Palus du Moron » s’y étendent sur plus de 830 ha. Ils constituent une mosaïque d’habitats naturels humides d’une grande richesse et correspondent au site Natura 2000 nommé « Vallée et Palus du Moron ».

Ci-dessus : L’ouvrage à marée en aval du Moron & vue sur un marais du Palus du Moron site Natura 2000 (© SMBV Moron)

Ci-dessous : Carte de la zone des Palus et du site naturel du Moron (XM Naturae) & marais sur Prignac-et-Marcamps (© SMBV Moron)

Un bassin versant dense

A sa « naissance », le Moron est déjà un petit girondin. Il prend sa source, à près de 60 mètres d’altitude sur le plateau de Saint-Savin, au lieu-dit le petit Moron. Si le linéaire de ce cours d’eau reste modeste, il reçoit quand même 27 affluents principaux et secondaires. La surface cumulée atteint environ 176 km². Ce chevelu hydrographique est donc relativement dense et offre un potentiel en milieux aquatiques intéressant.

Le débit moyen du Moron est estimé à environ 1,64m3/s. Durant la période estivale, il connait des étiages sévères avec des assecs importants, pouvant durer plusieurs mois. En hiver au contraire, les prairies alluviales bordant le cours d’eau sont fréquemment inondées. Le régime hydrologique est donc très contrasté.

Retrouver la fonctionnalité perdue des complexes aquatiques

Au cours de son histoire, la rivière Moron a subi de nombreux bouleversements (recalibrage, rectification, curage excessif). Elle a été canalisée, notamment au niveau de ses terrasses alluviales pour favoriser l’agriculture.

Le Syndicat du Moron est un syndicat mixte dont la compétence GEMA (Gestion des milieux aquatiques) lui a été déléguée par ses communautés de communes membres : Communauté de Communes de Blaye, Grand Cubzaguais Communauté, Latitude Nord-Gironde et CdC du Fronsadais.. Il a engagé, depuis 2019, une série d’études afin de développer une gestion à la fois raisonnée et durable de son territoire. Diverses actions de restauration sont envisagées. Une fois validées, elles s’inscrivent dans une programmation pluriannuelle qui vise le bon état écologique du milieu aquatique.

Ci-dessus : Erosion et manque d’eau (© SGBV Moron) Présentation des actions du Syndicat lors de l’assemblée générale de mars 2023 (© FDAAPPMA33) – Une zone humide fonctionnelle de la vallée du Moron à Pugnac (© SGBV Moron) – un cours d’eau à l’état naturel (© SGBV Moron)

L’objectif général du gestionnaire est de retrouver un profil plus « naturel » du Moron et de ses affluents, de reconnecter les cours d’eau avec les milieux humides et ainsi de restaurer des zones d’expansion de crues en lit majeur. Sont particulièrement visés le stockage de l’eau et le ralentissement des écoulements superficiels. Une fois favorisés, ils permettront, d’une part, une meilleure recharge des nappes et, d’autre part, une alimentation en eau indirecte du Moron en période d’étiage.

Une hydromorphologie du lit contrariée

Un ensemble d’obstacles à la continuité écologique

Dans les années 1980, 14 dessableurs en palplanches métalliques ont été installés. Leur but était de retenir les sables venant de l’amont. Ces seuils désormais dégradés ne présentent aucune utilité. Ils constituent des obstacles transversaux à la continuité écologique du Moron.

Afin d’améliorer le fonctionnement morpho-écologique de la rivière et rétablir la circulation de la faune piscicole, une action de démantèlement de ces dessableurs, mais aussi de 11 autres ouvrages non franchissables, a été identifiée dans le cadre du Plan Pluriannuel de Gestion du Moron.

Ci-dessus : ancien seuil en palplanches sur les communes de Cézac et Pugnac avant (2020) pendant et après démantèlement le 2 mars 2022, tranche 1 des travaux (© SGBV Moron)

L’arasement des ouvrages faisant obstacle est planifié par tranche annuelle, ce qui laisse, à la rivière, un temps pour se rééquilibrer après les travaux. Une première tranche des travaux a eu lieu en 2022. Avant et après démantèlement des dessableurs, des suivis scientifiques sont faits par la FDAAPPMA33 sur un site témoin afin d’évaluer l’évolution du cours d’eau au fil du temps.

En partie haute du Moron, là où la pente et les obstacles sont plus prononcés, seuls deux ouvrages à supprimer nécessitent des travaux d’accompagnement. Ainsi, afin d’éviter tous risques d’érosion régressive, l’un va nécessiter la mise en place de seuils en enrochements afin de constituer des points durs et l’autre le remplacement d’un petit pont communal.

Une restauration du lit mineur nécessaire

Sur les communes de Cézac et de Pugnac, le syndicat du Moron procède à différents aménagements qui ont pour objectif de restaurer le lit mineur. Depuis 2020, plus d’un kilomètre de cours d’eau a donc été restauré par la mise en place de pièges à sable et d’épis constitués d’enrochements et de souches qui permettent de redonner au Moron un profil et une dynamique proches de l’état naturel. Ces techniques permettent de redonner à une rivière rectifiée un tracé adapté pour des débits de crue. Les profondeurs, vitesses et substrat s’en trouvent diversifiés. Un autre avantage est de ralentir les vitesses d’écoulement en crue et l’incision du lit. Des zones préférentielles d’érosions et de dépôts se forment alors et diversifient les habitats du cours d’eau. Cela améliore aussi les capacités auto-épuratoires de ce dernier (meilleure oxygénation et luminosité)

Ci-dessus : Création d’épis et confection de  pièges à sable par fascinage (en période d’étiage, de crue puis à la décrue) – Travaux réalisés en période d’assec sur le Moron (Cézac) (© SGBV Moron)

Un bassin versant sous observation

Afin d’évaluer les bénéfices des opérations menées, celles en cours et à venir, plusieurs types de diagnostics et de suivis écologiques sont actuellement mis en œuvre sur le bassin versant du Moron.

Nous suivrons avec intérêt les résultats des différentes actions et leur efficacité notamment pour la faune piscicole.

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