jeudi 29 février 2024

Les frayères à espèces piscicoles d’eaux vives du Baillon, un milieu mobile mais fragile !

Qu’est-ce qu’une zone de frayère à espèce lithophile ?

Une frayère à espèce lithophile, c’est la combinaison de trois facteurs : la profondeur d’eau, le support de ponte (substrat pierreux) et la vitesse du courant.

Une belle frayère à espèces lithophiles sur le Baillon

  • La profondeur d’eau: elle est assez variable en fonction des espèces et du milieu.  La zone doit être suffisamment profonde pour qu’il n’est pas de risque d’assèchement des œufs avant leur éclosion sans toutefois avoir une profondeur trop importante. Une bonne profondeur permet malgré tout de limiter la destruction ou prédation des œufs. Elle varie entre 10 et 40 cm selon les espèces mais peut aller jusqu’à 1 m pour le lamproie marine notamment.
  • Le support de ponte: il faut que la taille du substrat pierreux (autrement dit la granulométrie) soit parfaitement adaptée à l’espèce considérée : cette taille s’échelonne entre du sable grossier (quelques millimètres pour le vairon par exemple) et des petits galets (pour la lamproie marine par exemple). Ce critère est très important car l’espèce en question va créer une petite dépression dans le substrat pour protéger les œufs et favoriser ainsi l’oxygénation. Il faut qu’il soit parfaitement perméable et libre de tout colmatage pour une reproduction efficace. Le colmatage c’est une agglomération des particules fines dans les interstices qui empêche une bonne oxygénation. Il existe deux types de colmatage : le colmatage organique (souvent lié à un excès de nutriments dans le cours d’eau) et minéral (particule très fine de substrat pierreux : limon-argile ou sable).
  • La vitesse du courant: elle est entièrement liée à la pente du cours d’eau à cet endroit, elle doit être suffisamment élevée pour limiter le colmatage et favoriser l’oxygénation mais sans être trop importante pour éviter la destruction ou le déplacement des œufs en aval dans des zones non désirées. Selon les espèces, elle débute à 5 cm/s (pour la lamproie de Planer) jusqu’à 80 cm/s pour le goujon ou la truite fario.
  • La combinaison de ces trois facteurs est ce que l’on appelle le faciès d’écoulement. Dans la plupart des cas, le faciès correspond à une tête de radier.  Comme on le voit sur le schéma ci-dessous, la typologie du facies associé au nid creusé permet de créer une dépression. L’eau va s’engouffrer sous le sédiment par l’amont et ressortir en aval permettant une bonne oxygénation des œufs.

(Schéma issu de la FDAAPPMA 87 d’après OTTAWAY et al. -1981, et REISER et al., in FRAGNOUD, -1987)

Un milieu très mobile…

En Gironde, le sable est fortement présent ; ce substrat se déplace très facilement lors de crue et se retrouve constamment sur la couche supérieure du lit de la rivière (car plus léger). Il va donc être stocké sur les zones de ralentissement de la rivière (zone lentique) et va être déplacé sur une zone d’accélération du cours d’eau. Lors de son déplacement il va donc soit libérer une frayère, soit en recouvrir une autre. A l’échelle d’un cours d’eau, les zones de frayère peuvent donc être modifiées très rapidement dans le temps.

Frayère colmatée par le sable sur le Baillon, présence de sable grossier dans la couche inférieur du sédiment

…mais fragile !

Il est donc primordial que cette charge sédimentaire recouvrante puisse être mobilisé rapidement pour la bonne dynamique du cours d’eau. La libre circulation piscicole est constament au cœur des débats pour que les espèces piscicole accèdent jusqu’a leurs zones de reproductions, mais qu’en est-il de la libre circulation des sédiments ? Permettre aux espèces piscicoles d’accéder sur des zones où elles ne pourront pas déposer leur œufs est inutile. La mise est place de passes à poissons est une bonne chose SI ET SEULEMENT SI il existe des zones à granulometrie grossière en amont servant de support de ponte. Si ce critère n’est pas rempli, la seule solution sera la suppression des seuils en aval pour rectifier la pente du cours d’eau, favoriser l’accéleration du courant et permettre ainsi le décolmatage du sable. Cette evacuation du sable va ainsi provoquer la mise à découvert des zones de substrat favorables.

Milieu totalement colmaté par le sable le substrat pierreux grossier naturellement présent est recouvert artificiellement par du sable

Lors de la suppression d’un ouvrage, une énorme quantité de sable présent depuis des années dans la retenue du barrage va être libérée, les crues successives vont pouvoir le mobiliser facilement pour le ramener progressivement en aval jusqu’à la mer (cet apport essentiel permettra, par ailleurs, d’éviter le phénomène d’érosion du Littoral).

Un des points noirs de la Gironde pour nos espèces piscicoles lithophiles est l’érosion des sols sableux mis à nu par les activités anthropiques (culture, drain forestier…). En Gironde, le substrat pierreux grossier de type gravier est naturellement présent mais souvent non visible car recouvert d’une couche de sable plus ou moins épaisse. Le nombre et la qualité des frayères en Gironde ne tiennent donc à pas grand-chose, ils dépendent essentiellement de la dynamique de ce sable, en lien avec les perturbations anthropiques pouvant exister !

Un milieu évolutif !

Une fois que ce stable est stabilisé, il va pouvoir être colonisé par de nombreuses espèces et notamment des végétaux qui vont permettre de fixer ce sable. C’est par exemple le cas de la callitriche sur la photo ci-dessous, cette plante très biogène va apporter de l’oxygène, fournir de la nourriture et créer des abris à proximité de nos zones de reproduction. Elle constitut donc un habitat essentiel pour nos poissons.

Colonisation par le callitriche sur un substrat sableux bien stabilisé du Baillon

Parfois ce sable peu également évoluer en alios, un substrat typique de la Gironde et des Landes. Sa formation provient de débris végétaux qui libèrent un acide organique, celui-ci va attaquer l’argile et libérer de la silice, de l’alumine et du fer. Les éléments ainsi créés se déposent sur les grains de sable. Lorsque le fer devient plus important, il joue un rôle de catalyseur et provoque un ciment, un liant dans le sable formant des zones dures et compactes.

Dalle d’alios affleurante sur une zone en aval du Baillon

Malheureusement cette roche présente peu d’intérêt pour les espèces piscicoles, c’est un substrat peu biogène, il ne constitue pas un support de ponte, il est difficilement fissurable et peu même provoquer des obstacles à la libre circulation piscicole.

 

Cette année sur le Baillon, très peu de frayères ont pu être observées, un excès de sable récent semble avoir fortement colmaté les frayères réparties sur l’axe principal de ce cours d’eau. Mais tout n’est pas perdu car vous avez pu voir dans cet article, qu’une rivière est vivante et peut évoluer très rapidement si les conditions le permettent !

 

Si vous voulez en savoir plus, RDV ici. Tous les résultats des inventaires jusqu’en 2022 sont disponibles en ligne sur la cartographie suivante, en cliquant sur le cours d’eau qui vous intéresse !

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