lundi 28 novembre 2022

Poissons et pêche : Au fil de la Leyre !

Partons à la rencontre de M. Degrave, technicien rivière au Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne et des deux présidents des AAPPMAs de la Leyre. En partenariat avec Nicolas (responsable développement pêche) et Frédéric (hydrobiologiste) de la Fédération de Pêche et de Protection du milieu aquatique, venez découvrir ce parcours de pêche exceptionnel et sauvage proche du Bassin d’Arcachon !

La leyre à Mios (2022)

>> FRED : « Bonjour Laurent, peux-tu nous décrire ce milieu atypique qu’est la rivière “Leyre” et ce qu’elle représente pour les Nord Landais et les Sud Girondins ? »

Laurent Degrave : L’histoire de la Leyre est récente, elle n’a que 10 000 ans et si le cours d’eau n’est pas très « productif » cela provient de la nature même de son lit sableux. D’ailleurs elle continue de se creuser et atteint par endroit des couches de graviers propices à la reproduction de la truite fario. Les eaux y sont fraîches et bien oxygénées, ce qui en fait un milieu naturel riche et diversifié typique du peuplement dit « landais ». Elle est aussi favorable pour le brochet avec des zones humides et un lit majeur étendu propice à la reproduction de l’espèce.

C’est une destination pour les pêcheurs locaux et autres amoureux de la nature sauvage. Calme et peu aménagée, elle est un lieu où il fait bon s’y ressourcer. Une bonne cohabitation entre pêcheurs et kayakistes est en permanence recherchée dans le cadre du réseau des usagers de la Leyre qu’anime le Parc. Cette rivière, ce fleuve même, mérite tout autant d’être connu que respecté pour tous les services qu’il rend.

Photographie du Bouron et de la Paillasse, sur lesquels on retrouve ces zones de graviers avec du sable

>> FRED : « Parle-nous maintenant, de l’ensemble du bassin versant, de ce qu’il représente en termes de biodiversité (poissons et autres) ? »

Laurent Degrave : Le bassin versant de la Leyre révèle un contexte plutôt rural sur la tête du bassin versant où la forêt de pin domine, entrecoupée de parcelles agricoles. l’urbanisation est plus marquée le long du fleuve sur sa partie aval. Le cœur de la biodiversité ordinaire et extraordinaire se situe en particulier là où l’eau coule via de multiples petits chevelus d’affluents. L’accès n’y est cependant pas toujours aisé, sauf pour quelques pêcheurs sportifs.

La nature y vit en toute quiétude, les poissons peuvent y remonter (anguilles et lamproie marine notamment) vu que la Leyre n’a pas de barrage, tous les affluents peuvent y être colonisés. Loutre, martin pêcheur y font aussi des détours et dès que la sécheresse est plus forte comme cet été, il se regroupent sur les cours d’eau principaux encore en eau.

lamproie marine post larvaire
lamproie marine adulte
Anguille prise sur le Martinet

>> FRED : « Messieurs les présidents d’AAPPMA, du Brochet Beliétois et du Brochet Boïen, parlez-nous de vos actions, de l’histoire de vos AAPPMAs et de l’attrait de la pêche sur ce territoire ? »

M. Treuil : Créée en 1922, l’AAPPMA du Brochet Beliétois est une des plus anciennes de Gironde. Aujourd’hui, son Conseil d’Administration (élu en 2021) est constitué de 12 membres encore actifs ou retraités allant de 18 à 90 ans. Notre volonté est de nous appuyer sur la mémoire pour préparer l’avenir. Depuis quelques années, le nombre de cartes de pêche reste légèrement supérieur à 500, mais les circonstances (COVID, incendies, fréquentation touristiques, …) font varier ce nombre chaque année.

Notre domaine piscicole est essentiellement basé sur la Leyre car nous sommes pauvres en étangs (5 petits étangs seulement) avec néanmoins de jolis ruisseaux (environ 80 km) qui alimentent la rivière sur les communes de Lugos, Salles et Belin-Beliet. Notre domaine piscicole sur la Leyre, s’étend de la limite des départements des Landes et de la Gironde jusqu’à la confluence avec le ruisseau du Get en aval de Salles, soit 23 kilomètres de rivière du domaine public fluvial.

La pêche dans la Leyre est devenue un peu compliquée depuis quelques années avec les crues qui ont entraîné de nombreuses chutes d’arbres car la pratique la plus fréquente pour la truite reste la pêche à la plombée.

Néanmoins, les leurres souples, cuillères ou spinners sont très utilisés par les jeunes générations déjà habituées à relâcher leurs prises.

La pêche des carnassiers reste l’activité la plus pratiquée par la présence du brochet aquitain et de la perche. Ces deux espèces trouvent des lieux appropriés à la reproduction dans les marais et les défuites (sorties de marais) et bénéficient d’une quantité très importante de poisson fourrage (gardons, goujons, vandoises et brèmes) nécessaire à leur alimentation.

Dans un avenir proche,  un projet de création en bord de Leyre d’une Réserve Naturelle Régionale à Belin-Beliet, devrait permettre la sauvegarde et le développement du brochet aquitain en apportant des moyens pour des travaux de désengorgement des sorties de marais et sur le nettoyage des berges de notre belle rivière. 

Photos de la nouvelle génération de pêcheur sur la Leyre

M. Lalanne : Le Brochet Boïen est responsable d’une partie de la Leyre de la sortie du Get jusqu’au pont de Chevron après le pont de Lamothe. Nous ne faisons pas d’alevinage dans cette partie, seul le “Brochet Beliétois” alevine en truites arc en ciel de la limite des Landes jusqu’au pont de Salle. Cette rivière est agréable à la pêche et possède une diversité de poissons non négligeable.

Le seul inconvénient, c’est qu’elle est fréquentée par d’autres activités, comme le canoë kayak qui parfois sont très nombreux à descendre la Leyre.

La rivière est souvent encombrée par beaucoup de branches et troncs d’arbres qui limitent certaines techniques de pêche. Malgré tout, certains endroits sont propice à la pêche au coup et au leurre pour les carnassiers tel que le Brochet et également certains poissons marins qui remontent le delta de la Leyre lors des grosses marées (Bar, Mulet et Carrelet ou Flet).

>> FRED : « Bonjour Nicolas, en quelques mots, peux-tu nous présenter le parcours de pêche de la Leyre partie Girondine, et les différentes actions “pêche” réalisées sur ce territoire ? »

Nicolas : La Leyre est un parcours de pêche atypique en Gironde, car très sauvage et encombré. Il y a de beaux poissons à faire (plusieurs brochets métrés ont été capturés), mais il faut aller les chercher dans les trous d’eau, les zones marécageuses ou sous les branchages très présents sur le cours d’eau. En fonction des saisons, le débit peut beaucoup varier et nécessite donc une adaptation constante du pêcheur. 

La Leyre peut être pêchée au leurre ou au vif pour les brochets et les perches, au toc pour cibler d’autres espèces plus variées (salmonidés, cyprinidés…).

Cette rivière est principalement pêchée du bord mais les embarcations sans moteur sont autorisées. Avis aux aventuriers…

En ce qui concerne les actions menées pour valoriser la pêche, ce sont surtout des empoissonnements effectués par les AAPPMA sur des espèces ciblées, ainsi que des contrôles par les gardes-pêche particuliers. Le caractère naturel et sauvage de cette rivière étant à préserver, peu d’aménagements ont été mis en place.

>>NICOLAS : « Fred, quelles sont les actions scientifiques réalisées sur ce bassin versant ? Ce territoire est-il si riche qu’il est sauvage ?  »

Fred : Sur ce territoire, nous avons un réseau de pêches d’inventaires assez important et plutôt bien réparti sur l’ensemble du contexte. Ce réseau est suivi tous les 6 ans depuis 2010, avec des inventaires en 2010, 2016 et cette année en 2022. Le grand axe de la Leyre étant inventorié par d’autres partenaires (Office Français de la Biodiversité).

Les résultats 2022, pas encore tous bancarisés, sont plutôt cohérents avec les résultats des inventaires précédents (2016 et 2010) voire plus anciens (2007 et fin des années 1990).

Les données récoltées mettent en avant que le peuplement observé est conforme à celui attendu et surtout qu’au fil des ans, les espèces observées à la fin des années 90, sont encore présentes aujourd’hui. 

Le tableau ci-dessous vous présente les espèces rencontrées sur ce bassin versant lors de nos inventaires récents :

Liste des espèces piscicoles rencontréesAblette, Anguille, Brochet aquitain, Chevesne, Flet, Gambusie, Gardon, Goujon, Lamproie de planer, Lamproie marine, Mulet porc, Perche, Perche soleil, Rotengle, Truite fario, Vairon, Vandoise rostrée.
Liste des espèces astacicoles rencontréesEcrevisse de Louisiane et Ecrevisse Signal
Liste des espèces protégéesAnguille et Lamproie
Liste des espèces alevinées depuis 2010Brochet, Gardon, Perche, Tanche, Truite arc en ciel, Truite fario

Les données IPR (Indice Poisson Rivière) de 2022 (l’IPR permet de comparer le peuplement observé avec un peuplement théorique sans présence d’actions humaines) montrent que le peuplement est globalement conforme au peuplement théorique attendu sur ce type de milieu. 

D’après la cartographie ci-dessous, seules 4 stations sur 18 sont qualifiées de moyennes (les 14 autres ont un IPR de bonne qualité. En effet :

  • Sur le ruisseau du Tagon, le manque d’eau et la faible attractivité du site (que du sable, peu de diversité de substrats) ne permettent pas d’avoir une diversité piscicole intéressante,
  • Sur le ruisseau du Lacanau, même remarque que pour le Tagon, au niveau du Moulin des Trougnes, très peu d’eau sur la station cette année, limitant le nombre d’individus par espèce,
  • Sur le ruisseau du Lacanau (aval du CEA), où l’on retrouve de la diversité piscicole, mais très peu d’individus par espèce,
  • Sur le ruisseau du Martinet, les données densitaires de chaque espèce sont trop élevées (beaucoup trop par rapport à la théorie) et montrent un problème quant à la franchissabilité de l’obstacle, pour les cyprinidés notamment.
Cartographie des IPRs 2022 sur le bassin versant de la Leyre.

Notons la présence à la fois du brochet aquitain et de la truite fario sur ce contexte, avec encore quelques ruisseaux abritant des truitelles nées dans le milieu naturel mais 

dont le patrimoine génétique s’avère proche de parents provenant de piscicultures de Nouvelle-Aquitaine (l’étude 2015 réalisée par l’INRA de St-Pée-sur-Nivelle n’a pas détecté de souche locale).

Photos prises lors de l’inventaire sur le ruisseau de l’Ile à gauche et sur le ruisseau du Dubern à droite

Dans le cadre du programme des zones humides d’intérêt piscicoles, nous suivons toujours des zones de reproduction potentielles à brochet sur l’axe principal de la Leyre. De nombreux marais, bras mort ou encore fossé agricole sur les têtes de bassin versant regorge de zones de reproduction inégalées dans ce département.

Cela témoigne à la fois de la richesse de ce bassin versant, mais aussi de son patrimoine naturel encore préservé grâce aux actions du PNRLG (Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne).

Bras mort de la Leyre
brocheton aquitain

Pour rejoindre les propos de Laurent, ce territoire très riche en biodiversité aquatique permettant à la plupart des espèces rencontrées d’accomplir l’intégralité de leur cycle biologique. Preuve en est, toutes les populations témoignent de la présence de plusieurs cohortes, de géniteurs et de juvéniles. Malgré les conditions climatiques qu’a pu subir ce territoire depuis 2020 (crue, période d’étiage sévère), les résultats de 2022, montrent que les espèces sont toujours en place. Bien que les effectifs aient légèrement chuté pour certaines d’entre elles, nous constatons qu’elles sont en phase de recolonisation sur l’ensemble du bassin versant.

Pour finir, sachez aussi, que la Fédération suit toujours les effets de la pollution occasionnée par l’Usine Smurfit en 2013. Force est de constater, que là aussi, la nature a repris ses droits !!!

Concernant les incendies de 2022, les inventaires ayant tous été réalisés avant les premières pluies (lessivage des sols), il est difficile de statuer sur l’impact réel sur les cours d’eau et les espèces piscicoles pour l’instant. Affaire à suivre donc !!

Inventaire et suivis des espèces piscicoles au sein de l’Usine Smurfit Kappa

Voir aussi

Résultats du Master de la Gironde 2022 aux Dagueys